Je ne suis pas ce corps - Verónica González Arredondo

 

 

Ce livre a obtenu en 2014 au Mexique, le Prix national de Poésie Ramón López Velarde, il a fait l'objet d'une première publication en langue espagnole en 2014, sous le titre de  ESE CUERPO NO SOY, aux éditions Universidad Autónoma de Zacatecas (Mexique).

 

Dans ce recueil traduit de l’espagnol par Elise Person, la poétesse mexicaine Verónica González Arredondo relate dans un style lapidaire et saisissant, l’immigration clandestine des femmes en Amérique centrale et leurs disparitions alarmantes… Elle tente de leur redonner vie à travers une sorte de voix d’outre-tombe qui parcourt le texte, cette voix off de la disparition innommable de tous ces corps mutilés perdus dans l’anonymat de lieux inconnus :

 

« une croix devrait bouillir au milieu de nulle part
un repère sur la plaine
ci-gît un jardin hivernal
des pétales jaunes resplendissent avec une terreur
de glaciers
au fond d’un lac »

 

Cette écriture de l’holocauste témoigne sans fards et sans détours de la sauvagerie du viol et parfois du meurtre de ces femmes perdues pour toujours et ne laissant pas même une trace. Le titre lui-même témoigne d’une tentative désespérée d’instaurer une sorte d’au-delà du corps, de fuir l’étouffante réalité. Mais de l’horreur même surgit quelques infimes signes d’espoir au détour d’une métaphore, petit fil fragile suscité par une métaphore imprévue venant renouer ensemble la mort et la vie :

 

« J’ai trouvé un escargot des sables enroulé dans mon palais
Un vestige de vie
Mon amulette
Son ambre illumine ma nuit »

 

Ainsi entre le corps et le désert parfois la frontière s’efface, le nom se perd dans l’anonymat de l’exil et de la dissolution. Redonner voix, c’est aussi redonner corps à ce qui s’est perdu et assurer ainsi une sorte de délivrance peut-être à travers le rêve d’un envol furtif au-dessus de la mer. 

« Qu’importe l’endroit où nous sommes
Je vais renaître pour nommer la mer
Au pain et à l’eau ce vol nous a été offert
Ce vol
Et non pas l’appartenance »

 

Au cœur même de cette nuit de l’âme surgit parfois une espérance de salut symbolique par le signe qui devient alors passeur de mémoire en hommage aux disparues ainsi ressuscitées l’espace d’une phrase dans un style lapidaire et poignant :

 

« LES FEMMES ONT LES MAINS BRODEES D’ENCRE
Tissées de fleurs et de croissants de lune dans sa courbure
De trait 
Sur les paumes et le visage
Une écriture évoque la volonté hasardeuse de la nuée
Depuis le corps la permanence du signe parle :
Je suis l’oiseau
Passager éternel du vol »

 

A travers ce que la poétesse nomme des « cadavres textuels » surgit la force sans concessions d’une parole qui témoigne sans se dérober et devient ainsi le plus vibrant des hommages à ces oubliées de l’histoire errant à jamais sans sépulture autre que ces quelques mots. Telle Antigone, la lutte passe par ce pouvoir symbolique qui fonde notre humanité, par-delà toute barbarie… Rien ne peut-être définitivement perdu de ce qui fut ainsi transmis par le pouvoir de l’écriture qui devient le linceul éternel de toutes ces femmes, brodé de « fleurs » et de « croissants de lune » : « Indéfiniment l’écriture dans la silhouette d’un monde abandonné. » (Maria Negroni)

 

Véronique Elfakir. Revue Terre à ciel, poésie d'aujourd'hui.

 

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Mortes sans sépultures.

A propos du livre de Verónica González Arredondo  Je ne suis pas ce corps paru aux éditions RAZ en 2018.

L'auteure s'exprime en vers libres sans ponctuation et aussi en prose non poétique aux sujet des meurtres de femmes au Mexique et ailleurs (par exemple au Moyen Orient) dans un style sobre, dépouillé, clair avec des termes et expressions explicites : "mis à nu le corps souffre", "voici la pièce où l'on m'a brûlée vive", "je me suis levée sans jambes ni bras", "le déchiqueteur de viscères"...

 

Verónica González Arredondo  parle du corps, essentiellement du corps, un corps sans nom puisque l'on ne connait pas l'identité de ces femmes, avec sensorialité, évocation des lieux, des paysages : le désert, la frontière,le pôle nord, la mer, le froid, le chaud, l'humide, le sec...
Ici le tueur est "la bête", sans nom, aussi, puisque les assassins ne sont jamais identifiés : maris, pères, amants, passeurs, trafiquants..., univers fantastique à la Lautréamont, que l'auteure aime particulièrement, surréaliste aussi.

Les textes en prose non poétiques évoquent soit avec humour noir, soit avec réalisme dans le désordre Elisabeth Bathory, tueuse de femmes du seizième siècle, surnommée "la comtesse sanglante" en Hongrie, qui aurait tué 600 jeunes paysannes - au Mexique ce sont des des ouvrières d'usines qui sont tuées, des femmes pauvres, des transfrontalières....- une tueuse mexicaine d'hommes, on trouve " un manuel de bonnes pratiques sur la scène du crime" très humoristique, un petit chef-d'oeuvre d'humour noir : la lettre de refus d'un PDG d'une multinationale américaine installée à Mexico qui répond à une famille qui lui demande de mettre la photo de sa disparue sur des briques de lait...


Questionnement d'identité peut-être à jamais disparue, je ne suis pas ce corps refuse d'être assimilé à un corps sans nom.
Livre salutaire d'une voix mexicaine qui refuse d'être mutilée de ses lèvres, de sa langue au propre comme au figuré, dans un Mexique livré aux démons du capitalisme sauvage où les les "petites femmes", les petites gens sont jetés comme des déchets.

Merci à Verónica González Arredondo et la traductrice Elise Person.

 

Anne-Marie Gentric, août 2019.

 

 

Traduction d'Elise Person

Format 13cm x 20cm - 96 pages

ISBN : 978-2-37517-009-0

Prix 12 euros (+ 2€ de frais de port)

 

Parution en 2018


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Verónica González Arredondo

Née à Guanajuato au Mexique en 1984, elle détient un doctorat en Arts de l'Université de Guanajuato et un Master en Philosophie et Histoire des idées de l'Université de Zacatecas. Auteure des livres Signes particuliers (2014), Vert feu des esprits (2014) et du livre d'artiste Desparpajados(réédité en 2014).  Elle a publié dans divers magazines mexicains. Ses poèmes ont été publiés dans l'anthologie de la XIXe rencontre internationale des « Femmes poètes dans les pays des Nuages » en 2014. Elle a gagné le Prix national de Poésie Ramón López Velarde 2014 et le Prix national de Poésie Dolores Castro 2014. Artiste sélectionnée finaliste au deuxième Concours International du Livre d'Artiste 2014. Elle a obtenu le soutien du programme de stimulation à la création et au développement artistique de Zacatecas (2012-2013)