Au premier trimestre 2020, RAZ éditions feront paraître le livre HAUT DANS LE CIEL, livre de Kikuo Takano, traduction de Philippe Démeron

 

Ce livre contiendra :

. Les paroles et le ciel, préface de Paolo Lagazzi
. Biographie de Kikuo Takano
. Extraits de : LA TOUPIE (1957)
. Extraits de : L’EXISTENCE (1961)
. Extraits de : TÉNÈBRES COMME DES TÉNÈBRES (1964)
. Extraits de : Du RECUEIL DE POÉSIE DE KIKUO TAKANO (1966)
. Extraits de : POUR RENCONTRER (1995)
. POÉSIES INÉDITES
. CE QU'A SIGNIFIÉ POUR MOI LA POÉSIE par Kikuo Takano.

 

Je suis si provincial que je ne parle que ma langue maternelle, et si paresseux que je ne suis jamais sorti du Japon avant mes soixante-dix ans. Cependant j’ai eu la chance d’être invité à cette magnifique rencontre de Pescocostanzo, et je vous remercie de tout cœur pour votre chaleureux accueil.

Avant d’arriver dans cette région splendide j’ai passé quelques jours à Rome, où je me suis souvent remémoré ces vers du poète Sergio Corazzini : « Je ne suis pas un poète ./ Je ne suis qu’un petit enfant qui pleure ».
Pendant ce voyage en Italie je me suis aperçu que je suis moi aussi, encore aujourd’hui, un enfant qui pleure, malgré mon âge, et cela a été un premier grand cadeau, inattendu pour moi.

Qu’a signifié pour moi écrire de la poésie ? C’est une question que je ne me pose pas tous les jours : en y faisant face, je ne me sens pas encore les idées bien claires. Je crains que mon discours ne soit un peu ennuyeux et que peut-être il ne vous endorme…

En 1945, après la fin de la guerre mondiale, j’ai commencé à écrire des poèmes. J’étais un jeune homme de dix-sept ans en proie à ses obsessions, partagé entre le découragement, la dévastation de l’esprit et un sentiment patriotique à présent en lambeaux : j’ai commencé à me confronter avec les mots. Je voulais isoler chaque vocable et en mettre en pièces le sens ; j’écrivais dans le seul but de créer d’autres liens entre les mots. Seule l’idée d’une vallée de larmes, émergeant entre les lignes d’un sens mis en pièces et d’un contexte affreusement incompréhensible, enveloppait de ténèbres (allez savoir pourquoi) mon âme affligée. Je n’éprouvais aucun intérêt réel pour le surréalisme, mise à part sa philosophie.
Bien vite cependant, déçu par l’inefficacité de mes vers j’ai décidé d’aller dans une autre direction, et j’ai brûlé tous mes poèmes.

Pendant quelque temps je me suis mis à lire les œuvres de Heidegger, sans rien écrire. Confronté à ses pages sur l’être et sur la poésie j’éprouvais, qui sait pourquoi, un peu d’irritation mais plus je les lisais et les relisais et plus je me sentais y adhérer. Après ces lectures heideggériennes, j’ai décidé de m’interroger sur le sens de la vie avec ces mêmes mots dont je cherchais, sincèrement, le sens – et de le faire désormais sans crainte. (...)

Kikuo Takano.